Ascension Kilimanjaro – Voie Marangu mon expérience

Fin septembre 2022, je suis allée grimper la plus haute montagne d’Afrique ; le Kilimanjaro. Dans cet article, je vais vous décrire l’aventure jour par jour sur la voie Marangu, appelée également la voie Coca Cola.

Si vous avez le projet de réaliser cette ascension et souhaitez en savoir plus sur l’organisation, le choix de l’organisme ainsi que le budget à consacrer, je vous invite à lire mon autre article ici. De même pour l’équipement à acheter et à emmener avec soi, je vous conseille de lire cet autre article que j’ai rédigé en cliquant ici.

La veille

Bien que l’ascension en elle-même dure 5 jours, il faut compter 7 jours au total. Cela prend en compte une nuit d’hôtel la veille de l’ascension, les quatre nuits en huttes puis une nuit au retour à l’hôtel. Le jour de notre arrivée, nous avons été directement escortés jusqu’au Springlands Hotel de la ville de Moshi. Généralement, une navette gratuite est prévue pour les personnes arrivant depuis l’aéroport. Ce n’était pas notre cas, nous venions du Kenya après un Safari, nous avons donc demandé à la navette de Zara Tours de venir nous récupérer à la frontière routière de Holili. Pour cela, nous avons dû débourser 40e chacun. A l’hôtel, après avoir récupéré les clés de la chambre, nous avons fait la rencontre de Charles notre guide (anglophone), il a vérifié si tout était ok niveau équipement puis il nous a fait un briefing complet sur l’organisation de l’expédition. Il en a profité pour faire le point sur notre état de santé et notre ressenti en général.

Nous n’avons pas souhaité privatiser le séjour pour des raisons financières, mais au moment de notre rencontre avec Charles, nous apprenons que nous serons seuls mon compagnon et moi-même. Aucun autre touriste n’a réservé aux mêmes dates que nous la voie Marangu. Ca a été une très bonne nouvelle pour nous, on avait peur de dépendre du rythme des autres personnes ou bien de faire subir le notre. Le fait d’être seul en couple avec le guide rien que pour nous a été un vrai plus lors de notre séjour.


Nous profitons d’un bon diner la veille à l’hôtel où nous rencontrons d’autres français qui avaient choisi la voie Lemosho. L’ambiance est sympa mais nous ne tardons pas trop, le lendemain, l’aventure commence, faut qu’on soit en forme.

Jour 1

La journée débute à 6h, après le petit-déjeuner il a fallu rapidement terminer le remplissage de nos sacs à dos ainsi que les gros Duffel bag de 15kg des porteurs pour qu’ils puissent charger les véhicules. Étant donné que l’eau est à notre charge uniquement le premier jour, nous passons à la boutique de l’hôtel pour remplir chacun notre poche de 3L. Nous sommes ensuite invités à remplir des documents sur le séjour que nous allons vivre en renseignant nos coordonnées ainsi que les numéros de nos dossiers d’assurance voyages. Nous sommes pris en photo chacun notre tour et nous devons communiquer notre numéro de téléphone avec nom, prénom et âge à une membre de l’organisme pour nous identifier. Nos valises et affaires personnelles que nous n’emmenons pas avec nous, sont disposées dans un local verrouillé de l’hôtel où ils nous transmettent un papier avec un identifiant que nous devrons montrer à notre retour pour pouvoir récupérer nos bagages.


Il est 8h50, la navette est chargée, c’est parti pour 1h30 de route jusqu’au camp de départ de la voie Marangu. À notre arrivée, le temps que les porteurs organisent leur sac pour la pesée pour partir avant nous, nous sommes invités à patienter sous un préau. Charles nous transmet à tous les deux notre repas de midi à mettre dans nos sacs à dos respectifs. Nous patientons une bonne heure, profitant d’un accès WI-FI pour prévenir nos proches que le départ est imminent et les rassurer.


Charles vient nous chercher, nous partons en direction du départ de sentier. L’aventure démarre. Nous immortalisons le départ en prenant une photo devant l’entrée et c’est parti. C’est à 11h40 que nous réalisons nos premiers pas sur le sentier.


Étant donné que nous étions seuls avec Charles, nous en avons profité pour faire connaissance avec lui, on voulait en savoir plus sur la personne avec qui nous allions partager nos quatre prochains jours. Le sentier du premier jour commence en pleine forêt. Le décors est superbe, on se croirait en pleine jungle, avec des lianes ici et là, des singes de toutes races et couleurs différentes, le chant des oiseaux nous accompagnant tout le long. Les arbres nous protègent du soleil et de sa chaleur, le chemin à quelques parties de dénivelés positifs, mais le niveau reste facile.


Nous avons directement adopté le rythme de marche « Polé Polé » qui signifie « Doucement Doucement ». Ce mot est un vrai dicton en Tanzanie, et encore plus au Kilimanjaro. Les guides l’instaurent car pour avoir la chance d’arriver au sommet, il est important de marcher lentement. Ça permet de garder un rythme constant où nous ne ressentons pas de grande fatigue ni l’envie de faire de pauses fréquentes. Aussi, le corps use moins d’énergie et s’acclimate facilement à l’altitude. Dès lors que l’on a pour objectif de gravir une montagne à plus de 3000m d’altitude, il est toujours conseillé de marcher lentement pour habituer le corps et également de bien respirer. Ce rythme est très bénéfique pour éviter au mieux les symptômes du Mal Aigu des Montagnes (MAM).

Après environ 1h40 de marche, nous arrivons à notre pause déjeuner bien méritée. il faudra 3h30 de marche au total, pause déjeuner comprise, pour arriver enfin à notre premier camp. C’était une première journée très agréable, nous étions dans les temps sur les 3/4h initialement prévues. Les derniers mètres avant le camp sont en dénivelés positifs, mais facile.


Le premier camp « Mandara Hut » se situe à 2 720m. Le cadre est vraiment sympa, nous sommes entourés de la forêt et plein de singes se baladent un peu partout sur le camp. Dès notre arrivée, nous sommes conduit jusqu’à notre hutte où on nous remet nos clés et duffel bag. Je n’ai malheureusement pas de photo de l’intérieur des huttes, mais pour vous illustrer, ça ressemble à un chalet de montagne en bois avec le stricte minimum en mobilier. Une table avec deux chaises et deux grandes étagères. Deux lits superposés de chaque coté avec matelas très confortable et un oreiller par lit. Le décors est rustique mais amplement suffisant. Quant aux toilettes, ils se trouvent à l’extérieur, comme au camping, et oui, si vous vous posez la question : ce sont de vrais toilettes ! D’ailleurs, pour tout le séjour, vous rencontrerez les deux types de toilettes, normales ou sèches (à la Turque).

Par chance, la période à laquelle nous sommes partis, nous étions seuls au monde aux refuges. Nous avions toujours les mêmes randonneurs avec leur guide étant donné que nous avions le même parcours. En revanche, on avait la hutte pour nous tout seul. On ne l’a jamais partagée avec qui que ce soit, et niveau intimité, c’était confortable de pouvoir se retrouver à deux. J’ignore si Charles avait fait exprès de nous privatiser la hutte vu qu’on était pas beaucoup de touristes, mais ça a été l’un des gros point positif du séjour.


On nous donne par la suite deux bacs d’eau chaude avec un savon pour se laver. Une fois la toilette terminée, on est invités à se rendre dans la hutte de restauration pour prendre le goûter. Boisson chaude de notre choix et à volonté ainsi qu’une assiette de pop-corn. Le moment parfait pour se reposer et faire connaissance avec les autres randonneurs et guides qui avaient le même séjour que nous. Il faudra attendre 18h pour que le dîner soit servi, et une chose est sûre, on est vraiment gâtés ! Les repas sont copieux. Chaque jour, il nous a été impossible de tout terminer. Ça commence toujours par une soupe de légumes puis un plat avec féculents, légumes chauds, viande, salade et fruits.


Après le repas, Charles vient nous voir pour débriefer sur la journée et nous parler de celle de demain en nous recommandant les vêtements à porter. Nous regagnons notre hutte juste après pour entamer notre nuit de sommeil. Petit détail qui a sûrement son importance, chaque soir avant de dormir on se faisait une session étirements et massages avec mon compagnon pour détendre les muscles. Cuisses, mollets, pieds, cervicales, toutes les parties du corps, tous les muscles impactés par l’effort ou bien par la douleur dues au sac à dos y passaient. Nous ignorons si c’est grâce à ce rituel là, mais nous n’avons eu aucune courbature de tout le séjour hormis le dernier à la redescente pour le retour.

Jour 2

Réveillés à 7h, le rituel est d’attendre que Mohammed notre serveur vienne récupérer nos gourdes et poches d’eau pour les remplir et nous les restituer au petit déjeuner. Avant 7h30, il faut qu’on soit lavés, qu’on ait préparés les duffels bags pour les porteurs afin d’aller prendre notre petit-déjeuner. Charles vient nous voir pour checker nos tenues et savoir si tout est ok pour nous, comment on se sent. Il en profite pour nous donner notre repas de midi à mettre dans notre sac à dos.

Il est 8h12, nous partons ! La randonnée démarre dans le même décors que la veille, mais au bout de quelques minutes nous quittons la forêt pour un lieu totalement dégagé, aux arbres plus petits et une ambiance totalement différente. C’est à partir du deuxième jour qu’il faut bien se couvrir et se protéger du soleil. Si le ciel est bien dégagé, vous aurez la chance d’apercevoir le Mont Kilimanjaro au bout. Difficile d’imaginer qu’il reste deux jours seulement pour l’atteindre !


Le deuxième jour est celui que nous avons le moins apprécié. Le sentier est très poussiéreux, quelques dénivelés avec par mal de cailloux. Chemin un peu fatigant, toujours un niveau plutôt facile à moyen. Toutefois, la vue reste très agréable et les températures aussi ! A 12h10, nous arrivons à notre camp de restauration pour le repas de midi. Prenez garde, vous aurez certainement la compagnie de gros corbeaux à cous blanc qui ne veulent qu’une chose : voler votre repas ! Ça a littéralement la taille d’un lapin avec un sacré bec, et ils ne sont vraiment pas peureux, ils ont failli ouvrir nos sacs à dos.


Après cette courte pause, nous entamons la deuxième partie qui mène jusqu’au prochain refuge. Les dénivelés se font un peu plus ressentir, le froid aussi et j’ai beaucoup peiné. Marcher après un bon repas, sans avoir digéré, le ventre lourd, je ne vous cache pas que c’est tout sauf agréable. Je crois que c’est l’un des points que j’ai le moins apprécié du séjour. Généralement, quand je pars en bivouac ou randonnée, je mange peu ou très tôt, et je sais que ce n’est pas bien car l’alimentation est clairement un carburant pour ton corps. Mais je pense que manger un repas assez lourd en féculent et protéine et enchaîner sur 4h de marche de dénivelé, c’est assez handicapant. Pour ma part, je mettais environ 1h/1h30 avant de ressentir de l’énergie après la digestion. Malheureusement, c’est quelque chose qui n’est pas possible d’améliorer pour les guides, le temps est imparti chaque jour et on ne peut pas se permettre de faire une pause de plus d’une heure pour laisser le corps digérer. Il faut prendre son mal en patience et garder le rythme « Polé Polé » !

C’est la journée où nous avons mis le plus de temps à marcher, au lieu de faire 6h de marche initialement prévue, nous en avons fait 6h40. On était plutôt dans les temps malgré tout et sommes arrivés au camp « Horombo Hut » à 15h50. Deux trois photos à 3 720m d’altitude et nous voilà prêt pour la collation, pop-corn et boissons chaudes comme d’habitude.


Rituel en marche, au moment d’arriver dans notre hutte, notre bassine d’eau chaude nous attend pour se laver, on défait nos duffels bags pour s’habiller un peu plus chaudement, on s’étire et nous voilà conviés à dîner. Au rendez-vous, un beau coucher de soleil, au-dessus des nuages où l’on se rend compte de notre hauteur. C’est d’ailleurs à ce moment là que j’ai pris conscience de la chance que j’avais de vivre cette expérience et admirer ce spectacle.


Au moment du repas, Charles vient prendre notre taux d’oxygène et fréquence cardiaque pour savoir si notre corps réagit bien à ce qu’il subit. Comme habituellement, il nous explique la journée de demain, les vêtements à porter et ceux à mettre dans notre sac à dos au cas où et direction notre hutte pour une session massage et dodo !


Sauf que .. c’est à partir de ce jour là que je commence à ressentir l’effet du MAM. Je peine de plus en plus à manger, le manque d’appétit est présent, malgré la prise du traitement DIAMOX. Autant je me sens bien en général, j’ai des symptômes très atténués, autant le manque d’appétit est violent. Les bouchées sont compliquées, mais j’arrive à me forcer car il me faut du carburant et de l’énergie pour protéger mon corps et ma santé.

Je me réveille en pleine nuit, le souffle court, impossible de reprendre une respiration normale. Et forcément : la panique donc encore plus de mal à respirer. Je suis un conseil sur un site spécialisé en haute montagne que j’avais lu la veille et qui qui consiste à prendre deux inspirations pour une expiration. J’applique à la lettre, et après quelques minutes, mon corps se détend, ma respiration redevient normale et je m’endors directement. Cette technique a visiblement marché sur moi, je la recommande mais je pense qu’il existe d’autres façons toutes aussi efficaces et adaptées à chacun.

Jour 3

Le réveil et le départ en randonnée se font une heure plus tôt que d’habitude car la prochaine ascension sera la dernière et débutera à minuit. Il fallait se lever tôt pour arriver rapidement au dernier camp et dormir en fin d’après midi avant la marche finale. C’est le jour que nous avons le plus préféré. De prime abord, il peut faire peur car il démarre avec un dénivelé très costaud et très long mais dès ce chemin passé, après il est plutôt agréable. Le sentier et le paysage ressemblent un peu comme celui de la veille, le sommet du Kilimanjaro toujours au-dessus des nuages ne vous quitte pas des yeux.


Après 2h de marche, le paysage change du tout au tout. Et s’il y a bien une chose extraordinaire pendant cette expérience, c’est que chaque jour est différent, vous avez la sensation de vous dépayser tellement la nature change. Les arbustes et la verdure laissent place à une ambiance plus sauvage avec un grand désert et de gros rochers ici et là. Une chose est sûre, c’est que si vous avez une envie pressante, soit vous vous retenez, soit vous tentez de trouver un coin qui vous couvre le nécessaire !


Une heure de marche dans ce désert et nous voilà prendre notre repas de midi à 10h20. Ce jour là, un vent glacial fait son arrivée, et ne nous quitte pas de tout le repas. Charles en profite pour nous servir un thé bien chaud pour se réchauffer et nous invite à ne pas trop tarder car il faut repartir vite pour ne pas que nos corps se refroidissent. On s’exécute, la pause ne durera que 20 minutes. Et hop, nous repartons pour 2h de marche supplémentaires !


Sur mes photos, le chemin paraît plat dans le désert. Mais non, non, non, effet d’optique, il est en dénivelé positif non stop jusqu’au dernier camp. Il est traître car à mesure que vous marchez, vous avez la sensation que ça va s’arrêter de monter, mais pas du tout. Il est malgré tout facile, mais il ne faudra pas se décourager car le paysage ne change pas, voir même, il s’assombrit, le sol devient plus gris. Tu as l’impression de ne pas avancer. Arrivés à un gros tas de rocher, nous nous octroyons 5 minutes de pause avant la dernière heure de dénivelé.


Il est 12h15, fiers d’être arrivés dans les temps au dernier camp « Kibo Hut » à 4 720m ! Il nous a fallu 5h de marche, pause déjeuner comprise pour arriver au camp comme convenu. Nous étions plutôt fiers de nous car à chaque fois on était dans les temps quand Charles nous annonçait la veille les estimations de temps de marche chaque jour. Hormis le deuxième jour avec 40 minutes de retard, on avait un bon rythme sans réelles pauses, seulement une ou deux secondes le temps de reprendre son souffle ou pour aller au toilette.


Le programme du jour est de boire une boisson chaude, dormir jusqu’à 16h puis prendre le dîner à 17h car la nuit sera courte. Jusqu’à maintenant, la pause collation, petit-déjeuner et repas se déroulaient dans une grande hutte commune, mais à partir de Kibo Hut, tout était servi dans notre chambre. Les températures sont de plus en plus basses, le froid est omniprésent même jusque dans la hutte. Les symptômes de l’altitude sont plus compliqués à supporter. Ce jour-là, il m’est impossible d’avaler quoi que ce soit. Mon symptôme du manque d’appétit est très difficile à gérer. Je manque de vouloir vomir à chaque bouchée mais je me force à manger quelques fruits et féculents. Autre effet de l’altitude dont je ne vous avait pas parlé : l’épuisement de l’effort physique. A chaque mouvement, chaque pas, nous sommes en hyperventilation comme si on venait de courir un marathon. C’est très désagréable, vers la fin je n’osais même plus sortir pour aller au toilette car en revenant, je mettais une dizaine de minutes à m’en remettre. De même, dans le lit, lorsque je me tournais pour changer de position, ça me demandait un gros effort, au point de ne plus oser bouger.

Après notre repas, Charles vient nous voir pour le dernier briefing, le plus important. Il vérifie tous nos vêtements et s’assure que cette nuit nous soyons assez protégés du froid. Il touche chacun de nos vêtements pour se rendre compte si l’épaisseur est suffisante. Par précaution, il nous informe qu’il mettra dans son sac à dos personnel deux, trois vêtements au cas où on ait froid. Ça c’était vraiment super de sa part et il a bien fait ! Il nous donne quelques conseils qu’on devra appliquer et qui ont vraiment une importance. Le premier est d’éviter au maximum les pauses, et même si jusqu’à maintenant on en prenait peu, il tenait à nous signaler que pour la dernière ascension il fallait vraiment éviter, sauf si on se sent très mal ou bien l’envie de faire nos besoins. C’est très important car le froid est tellement intense que si on s’arrête, nos corps refroidissent alors qu’il faut toujours rester en mouvement. Une autre règle était bien sûr de marcher au rythme Polé Polé et de toujours l’avertir si on ressent le moindre symptôme. D’ailleurs, il nous recommande à ce moment là de mettre des médicaments dans nos sacs (Doliprane, Efferalgan). Concernant l’eau, il nous averti de faire attention à nos poches et gourdes. A cette hauteur et ces températures, l’eau va geler et si c’est le cas, c’est foutu, on ne pourra plus boire du tout. Clairement, c’est la merde car je rappelle ici qu’il faut boire entre 4 et 5L d’eau par jour pour ce type d’ascension. Enfin, pour éviter de se décourager, se presser, il nous « interdit » de regarder l’heure sur nos téléphones mais également de regarder en direction du sommet. Il est super important de fixer uniquement le sol, car si on s’amuse à essayer de regarder le sommet, on va s’apercevoir qu’on est encore très loin et ça risque de nous décourager rapidement. Charles prend une dernière fois notre taux d’oxygène et nous souhaite une bonne nuit.

Début de nuit très compliquée et je finis par craquer de peur et de fatigue. Les huttes sont collées les unes aux autres, les murs sont si fins que vous entendez tout ce qu’il se passe chez vos voisins comme s’ils étaient dans la même pièce que vous. Autant vous dire qu’ils n’étaient pas pressés de dormir. On aurait dit qu’ils déménageaient, je n’en pouvais plus. C’est seulement vers 20h j’ai fini par réussir à fermer l’œil. Trois heures plus tard, le réveil sonne, Mohammed vient nous servir notre collation et nous demande d’être prêts à minuit.

Jour 4

Il est minuit dix, la fatigue, le froid envahissent mon corps, et nous voilà partis. La notion du temps disparaît, il fait nuit noire, le ciel illuminé par la voie lactée est magnifique, le silence est palpable, seulement le bruit de nos pas et notre respiration. Si d’habitude nous étions toujours que trois, cette fois-ci, Mohammed était avec nous. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que si l’un de nous, mon compagnon ou moi, soit obligé de redescendre, il ne pourra pas le faire seul pendant que l’autre qui va bien continue l’ascension. C’est rassurant et en même temps déstabilisant de se dire qu’on partage et vit cette expérience en couple et qu’il y ait en même temps une probabilité que l’un finisse la randonnée sans l’autre.

Si la veille j’avais eu peur en apercevant la montée, finalement en la faisant, ce n’était pas si terrible que ça. Mais il y a un problème qui survient après une bonne trentaine de minute de marche : j’ai mal. Une douleur vive sous ma poitrine droite. J’ignore si j’avais mal au poumons, au thorax ou autre mais j’ai commencé à m’inquiéter car en soit ça ne m’handicapait pas, mais je ne savais pas s’il s’agissait d’un début d’œdème pulmonaire ou non. J’alerte Charles, on s’arrête, je décris mes symptômes et prends un Doliprane au cas où. Les galères commencent, je m’aperçois que de l’eau avait stagné dans la paille de ma poche à eau, elle a totalement gelé. Il est à peine une heure du matin, j’ai 3L d’eau impossible de consommer, l’angoisse. Un conseil, quand vous buvez dans la paille, après avoir fini, pensez à souffler dedans pour la vider comme si vous vouliez faire des bulles, pour éviter que l’eau stagne. Je ne vous cache pas que je commence à stresser, gâcher 3L d’eau comme ça alors que c’est le carburant le plus important, c’était mentalement compliqué. Par chance, il restait celle de mon compagnon. Nous perdons pas mal de temps lors de cette première pause et nous nous remettons rapidement en marche car le froid nous a tous envahi.

La douleur s’estompe peu à peu, mais je rencontre d’autres difficultés ; mes yeux se ferment tout seul. Le froid est intense et la fatigue est extrême. Je m’endors en marchant, et c’est dangereux. Charles et Mohammed le remarquent rapidement, et me secouent de temps à autre pour me booster. Charles s’aperçoit et entend que je galère, ma respiration est forte, je fais des petites pauses pour boire, je m’exprime à voix haute quand j’expire, alors il ralentit encore plus le rythme. Nous sommes très lents. Pendant environ 4h de marche, la fatigue et le froid sont encore omniprésents. Avoir les yeux qui se ferment pendant 4h de marche, je vous assure, c’est très très long. Mohammed se place derrière moi au cas où. Les deux guides sont très à mon écoute et me regardent souvent pour voir comment je vais et n’hésitent pas à me féliciter pour me motiver. Je suis non stop en pleine concentration et je ne cesse de me parler dans ma tête « ne dors pas », « tu peux le faire » « allez vas-y respire ». J’écoute au maximum mon corps, je ne veux pas mettre en danger ma santé et j’essaie d’interpréter mon état pour éviter le drame. Le constat est que je suis fatiguée, les dénivelés me fatiguent, je veux être au chaud dans un lit, j’en ai marre de marcher. Je suis focus sur ma respiration, je me force à bailler pour prendre des inspirations profondes et je ne fais que boire. Le froid devient insupportable et Charles me donne une polaire supplémentaire. Heureusement qu’il a pris avec lui des vêtements au cas où, je ne sais pas si j’aurai tenu sans sa polaire !

Après tout ce temps de marche, Charles et Mohammed décident de faire une pause de 5 minutes pour boire du thé chaud pour réchauffer notre corps. Nous étions sous un gros rocher nous protégeant du froid. Je culpabilise car je sais qu’on a pris beaucoup de retard à cause de ma lenteur et mon état. J’essaie de me rebooster après cette pause, mais ça n’a été que de courte durée.. Je commets l’erreur de regarder au-dessus pour tenter de voir le sommet. J’aperçois plein de lumières qui étaient simplement les lampes frontales des autres randonneurs, ils étaient très haut ! Plus on marchait, plus le sommet était encore loin, c’était interminable. A ce moment là, la poche d’eau de mon compagnon devient inutilisable à son tour, de l’eau avait stagnante avait gelé la paille. Il nous restait qu’une gourde de 700ml à partager à deux. En me retournant, je remarque que le soleil se lève et je prends conscience qu’il est trop tard pour admirer le lever de soleil depuis le Mont. Nous éteignons nos lampes frontales et j’en profite alors pour prendre quelques clichés.


Au fur et à mesure de la marche, le sentier change, et si pendant 4h on avait un sentier bien plat parsemés de cailloux, celui-ci se transformait en sable de cailloux ! J’ai repris un rythme très lent, à chaque double pas qu’on faisait on glissait en reculant d’un. Ça a demandé un gros effort physique et fatigue musculaire. Je perdais espoir, j’étais de plus en plus en colère et déçue de mon état.

Il est environ 7h du matin quand je rencontre une douleur à la tête, je me sens comprimée et là je m’arrête. Je regarde le sommet, je sais que je ne suis plus très loin mais la douleur me fait peur et je n’arrive plus à réfléchir si c’est grave ou pas (œdème cérébral). À bout de force, je pleure de peur et je reprends un Efferalgan au cas où. En voyant mon état et étant incapable de dire aux autres si j’abandonnais ou pas, Charles vient à moi pour discuter. Il m’explique que le sommet n’est plus très loin, et que comme on a déjà perdu beaucoup de temps, il vaut mieux éviter les pauses (aucune culpabilité dans ses mots je préfère le préciser). Il me pose des questions sur mon état, comment je me sens et si d’après moi c’est insurmontable ou non. Si ça l’est, il me préconise de redescendre avec Mohammed pendant que lui continue l’ascension avec mon compagnon.

Je ne vous cache pas qu’à ce moment là, mon rêve s’effondre. Je venais de déployer un investissement physique, mental, humain, financier pour au final abandonner à une heure seulement du sommet. Mon compagnon pour qui ce n’était pas du tout un rêve, allait continuer sans moi. C’était difficile à encaisser.

Je prends conscience que je gâchais tellement à me morfondre pendant plusieurs heures de marche que j’oubliais de respirer correctement ce qui a entrainé ce méchant symptôme. Quand je m’en suis rendue compte que mon cerveau manquait certainement d’oxygène, j’ai tout simplement repris des exercices de respiration. Je me suis redonnée un coup de fouet, j’ai bu beaucoup d’eau et j’ai informé Charles que j’allais continuer. J’étais toutefois en observation de mon état car je voulais éviter le pire et que si vraiment ça n’allait pas, dans ce cas j’abandonnerai. Il accepte et me dit de me mettre en tête de marche pour leur imposer mon rythme. Il marche à mes cotés et me tient le bras pour m’aider à marcher dans ce sable de cailloux. J’oxygène à fond mon corps, et après quelques minutes, les douleurs dans ma tête disparaissent.

Les derniers mètres arrivent, nous croisons des personnes qui sont déjà sur le chemin de retour. Le sable laisse place à un sentier de gros rochers à escalader pendant encore une bonne vingtaine de minute. C’est difficile. Mon corps est clairement en train de puiser dans le peu d’énergie musculaire qui lui reste. Je tiens bon, je me concentre encore sur ma marche et ma respiration, j’évite de regarder le sommet. Et ça y est, il est 8h05, nous sommes le 3 octobre 2022 quand je me trouve nez à nez avec la pancarte du Gilman’s Point ! Je suis prise d’émotion entre fatigue, fierté, joie, soulagement, je fonds en larme, je l’ai fait.


Il existe trois sommets au Kilimanjaro, le Gilman’s Point à 5 685m, le Stella Point à 5 756m et enfin le plus connu et le plus haut Uhuru Peak 5 895m. Le but de la voie Marangu est d’arriver au Gilman’s puis de marcher deux heures supplémentaire pour atteindre Uhuru Peak. Vous pensez bien qu’à l’heure à laquelle nous étions arrivés, il était absolument inenvisageable de continuer la randonnée. Pour vous la faire courte, on était censé arriver à Gilman’s aux alentours de 4h voir 5h du matin, et nous en avons mis le double à cause de notre rythme très lent (mais nécessaire pour s’adapter à mon état). Mais bien que nous n’ayons pas pu aller au sommet le plus haut, ça a été une grande fierté d’être sur l’un des trois sommets !


Et parce que ça me tenait à cœur, j’en ai profité pour mener au sommet la goutte de l’Etablissement français du sang. Ayant travaillé 5 ans au sein de cette entreprise, j’ai décidé symboliquement de porter les valeurs du don du sang sur le Mont Kilimanjaro.


La pause fût courte, il est 8h30 et nous devons redescendre au Kibo Hut pour se reposer et manger avant de redescendre de nouveau jusqu’à Horombo Hut. Nous nous laissons entièrement glisser sur le sable de cailloux, comme au ski et tout ce qu’on a monté en 8h nous l’avons descendu en 1h40 seulement ! Sur le chemin nous croisons des porteurs qui montent avec des trousses de secours et de l’eau. Charles m’explique que lorsqu’un randonneurs est souffrant, des porteurs sont appelés pour venir en aide. Arrivée au camp jusqu’à ma hutte, après tout l’effort que je venais de faire subir à mon corps, mes membres tremblent, je ne tiens plus et il m’est impossible de me retenir, je vomis. Je crois que c’était trop pour mon corps.

L’ambiance au camp est super agréable, tout le monde nous félicite, on se fait nettoyer nos chaussures, ils sont tous au petit soin et nous tapent dans les mains. Nous sommes invités à manger avant de retourner marcher, mais c’est fini, je ne peux plus rien avaler. Je suis trop dans le mal, je préfère dormir et manger une barre protéinée.

Nous reprenons la marche vers 11h, il nous faudra environ 3h de marche pour arriver jusqu’à Horombo Hut. Je ne mangerai pas de nouveau et dormirai de 14h jusqu’au lendemain matin.

Jour 5

Il est 7h45 le lendemain lorsque nous partons du camp. Le problème c’est que je me réveille totalement défigurée, mon nez et mes lèvres ont doublé de volume. La grosse erreur que j’ai faite la veille au sommet c’est que je ne me suis protégée du soleil a aucun moment, je suis descendue la tête découverte alors que j’étais à 5 700m ! J’ai cru au départ que c’était l’altitude qui avait déformé mon visage, mais non, c’était le soleil.

A 11h, nous arrivons au premier camp Mandara Hut, mais malheureusement, l’apparition d’ampoules sur tous mes orteils m’empêchent de marcher correctement. Charles décide alors de me faire signer un papier disant que je rentre en voiture avec les Rangers. C’est un document où il faut renseigner notre identité sexe et âge. Ça m’a rassurée de voir que je n’étais pas la seule inscrite sur cette liste ! Nous marchons encore une quarantaine de minute jusqu’au point de rendez-vous. Nous montons tous les trois dans la voiture pour être escortés jusqu’au point de départ de la voie Marangu. Nous mangerons un bon repas avant de prendre la navette Zara Tours qui nous ramènera à l’hôtel à Moshi.


Hôtel Springlands

Nous sommes en début d’après midi lorsque nous arrivons à l’hôtel. Nous récupérons les clés de notre chambre et nous nous mettons d’accord avec la réception sur l’horaire de la navette gratuite qui devra nous emmener jusqu’à l’aéroport le lendemain. Charles nous accompagne jusque dans notre chambre pour récupérer les pourboires pour chaque membre de son équipe puis nous donne rendez-vous dans le jardin de l’hôtel vers 17h pour nous remettre nos certificats. D’ici cet horaire, on en profite pour prendre une vraie douche amplement méritée, préparer et ranger nos valises.

Nous arrivons au point de rendez-vous de Charles et nous lui remettons notre location de duffel bag et sac de couchage ainsi qu’un sac de dons d’équipement qu’on n’utilisera plus. Les dons sont importants, et nous en avons profité pour donner bonnet, nourriture, couverture de survie, sous vêtement en laine de mérinos, trousse de premiers secours ainsi que d’autres produits qu’on ne ramènera pas en France. Après ceci, Charles nous remet à tous les deux nos diplôme de réussite d’ascension personnalisés et nous complimente chacun notre tour sur notre expérience. Malgré mon état, il a relevé le fait que je n’ai jamais abandonné et que j’avais un bon mental, que je n’ai jamais baissé les bras. En Swahili, il m’a dit que j’étais Imara Kama Mama Simba ce qui signifie que j’avais le mental et la force d’une lionne. Ça m’a touchée et je profite de cet article pour remercier Charles une nouvelle fois, de sa patience en mon égard, d’avoir cru en moi, d’avoir été au petit soin sur mon état, d’avoir été motivant et rassurant. C’est un très bon guide et je suis ravie de l’avoir eu pendant ce séjour !

Même si arrivée sur la terre ferme et pendant 3 jours je ne voulais plus entendre parler du Kilimanjaro, aujourd’hui je suis fière de ce que j’ai accompli. Mon corps s’est bien remis, c’est fou à quel point le corps peut se remettre rapidement d’un effort comme celui-ci. Je suis même prête à retenter l’expérience et atteindre le Uhuru Peak ! J’ai été capable d’écouter mon corps, mon état de santé pour savoir si je pouvais continuer ou non. C’est un exercice compliqué car il faut connaitre la limite entre « est-ce que je peux » et « est-ce que je dois », de laisser l’égo de coté, ne pas se forcer, accepter l’abandon. C’est une expérience qui restera gravée et je suis heureuse d’avoir pu le partager avec mon partenaire pour qui ce n’était pas du tout un rêve mais qui a accepté m’accompagner, pour moi.

Donnez-vous le droit de vous sentir chez vous .. ailleurs

Maud Grsl

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